Par une amie à moi :Certains jours, la tristesse est plus présente que d'autre et elle presse à écrire.
Mon dernier jour sur terre
Ce soir, je vais mourir.
Oui, ce soir, maman me l'a dit, je vais mourir, alors j'ai pensé que ce serait bien d'écrire ma dernière journée pour leur laisser quelque chose, parce que je les aime bien moi.
Ce matin, c'était un jour de vacances comme les autres, pendant les vacances de Noël, maman me laisse dormir un peu, mais je me réveille tôt quand même, comme ça je peux jouer plus longtemps. C'est mieux. Surtout que, pour Noël j'avais eu des beaux cadeaux, alors j'avais envie de jouer longtemps avec eux. Cette année est spéciale, parce que j'ai eu de la pâte à modeler, j'en avais jamais eu avant, alors ce matin, je voulais mettre un point d'honneur à ma pâte à modeler, parce que j'étais pressée de l'utiliser, j'avais laissé pour chaque jour, le bonheur d'essayer chacun de mes jouets depuis Noël, pour pouvoir profiter.
Aujourd'hui, ce serait la pâte à modeler, alors j'étais pressée, je m'étais laissée le meilleur pour la fin. Après avoir mangé, m'être lavée et habillée, je me suis donc précipitée dans ma chambre, j'ai ouvert tout doucement la boite colorée, en regardant les petits dessins qui étaient dessus. Et puis à l'intérieur j'ai découvert les pots de pâte, ils étaient petits et colorés comme la boîte alors j'avais très envie de les ouvrir pour découvrir l'intérieur. En fait, le bouchon était drôle à enlever, il faisait un petit bruit d'air, alors j'étais toute contente de voir tant de merveilles, mais je ne savais le meilleur... Et puis, à mes yeux s'imposa la pâte colorée, elle était rouge, un beau rouge vif, comme Noël, ou comme le sang quand je me blesse. Je l'ai prise dans mes mains, tout doucement, et j'ai senti comme c'était mou, j'ai appuyé avec mes doigts dessus et ça prenait la forme de mon doigt, c'était très joli ! Pour continuer de découvrir l'objet, je le soulevai près de mon nez, ça n'avait pas vraiment d'odeur, ou bien si, mais une odeur de nouveauté, un peu... dur à sentir. Pour finir, je l'aplatis sur mon nez, c'était drôle, et puis je finis par jouer avec la pâte, simplement, en faisant tout d'abord les mêmes formes que la boîte, puis je fis, avec ma pâte rouge, la forme d'un steak, je le mis dans une petite assiette, et en tant que chef cuistot, je goutai ma trouvaille, n'en coupant qu'un petit morceau...
Le gout n'était absolument pas agréable, c'est ainsi que je compris que ça ne devait peut-être pas se manger, j'ai eu un doute, alors je suis descendu, et en fait papa et maman m'attendaient pour manger.
Pendant le repas, je n'ai rien dit, je repensais au morceau que j'avais gouté et puis je me disais que c'était peut-être dangereux, alors je demandai :
_ Maman, est-ce que quand on mange de la pâte à modeler, on peut mourir ?
_ Oui, il ne faut pas en avaler, ce n'est pas bon !
_ Ah...
Papa et maman continuèrent de manger en silence, après s'être échangé un clin d'½il et un sourire. Moi, je ne comprenais pas pourquoi ils étaient contents : j'allais mourir.
Tout s'est passé rapidement dans ma tête, j'ai compris que ce jour serait le dernier que je passerai, que je n'allais pas voir demain, que je ne pourrais plus jouer avec mes cadeaux, que je ne ferai plus de bisous à papa, que je ne verrai plus la maîtresse de CE1, ni Perrine qui me faisait toujours mes lacets, parce que elle a appris et pas moi, plus rien. Plus de réunion de famille à Noël, plus de journées à Disneyland, plus de lecture le soir avant de m'endormir avec papa, plus rien. Une grande sensation bizarre m'envahit soudain, et ... J'étais triste, je ne vivrais plus, c'était fini, on m'avait laissé ma chance et j'avais tout gâché. Je repensais à Claudie qui m'avait traité de momolle, avant les vacances, peut-être que j'aurai du être un peu fofolle, je repensais aux histoires que j'inventais et que je racontais à Perrine pendant la récré, la dernière fois, c'était celle d'une rose, un bouton de fleur qui voulait voir le soleil avant de s'ouvrir.
J'étais triste, et je me demandais ce que j'allais bien pouvoir faire maintenant, l'autre jour, quand j'ai demandé à maman ce que c'était que la mort, elle m'avait répondu, qu'on ne respirait plus, qu'on existait plus, qu'on était plus là, qu'on était dans un cercueil. Je me demandais ce que cela voulait dire, ce à quoi ça pouvait ressembler. Après avoir mangé, je m'étais couchée sur mon lit et j'y pensais. Plus j'y pensais et plus je comprenais ce qu'y m'attendais, c'était comme si je tombais dans un puits et qu'au fur et à mesure de ma chute je prenais conscience de l'instabilité de mon existence, que des images s'imposaient à mon esprit : qu'il en manque peu pour que je ne sois rien, pour que je ne pense plus, pour que je sois absente de ce monde et que tous m'aient oubliés, comme si j'étais précipitée dans ce corps par hasard, d'un seul coup et que je découvrais que j'existais.
Petit à petit, je me demandais si je devais laisser la mort venir ou aller la chercher, était-ce faire preuve d'un peu plus de dignité que d'aller de soi-même vers ce qu'on ne veut pas atteindre ?
Mais comment... ?
J'ai vu des fois dans les films, que avec un revolver, les héros se faisaient tuer, ou bien une épée, oui une épée, ou un poignard peut-être (comme dans Roméo et Juliette !!!!!!!!).
Ou bien attendre, attendre que ça arrive, mais comment ça va arriver ? Pourquoi ne pas le prévoir soi-même ??
Je descendis donc à la cuisine pour réfléchir à cette idée, ma mère était en train de couper une pomme.
UN COUTEAU.
C'est presque un poignard ça. C'est très bien, j'aurai peut-être ma dignité. Je me dirigeai vers le tiroir pour en prendre un, quand maman interrompit mon mouvement :
_ Dis donc, qu'est ce que tu fais avec un couteau toi ? Repose ça tout de suite !
Coupée dans mon élan, je dus donc abandonner... Je remontai dans ma chambre en continuant de réfléchir à comment faire... Finalement, je me résolu à faire une chose : profiter de ce qu'il me restait à vivre pour revoir les gens qui me manqueraient quand je ne serais plus vivante.
Mon après-midi consista donc en aller voir mamie, faire un bisou à papa, embêter maman et ma s½ur et repenser à Perrine.
Quand le soir arriva, et qu'il fut temps d'aller se coucher, je me demandais quand je disparaitrais, le temps semblait bien long à la pâte à modeler pour me tuer de l'intérieur, je ne comprenais pas. Quand je mis ma tête sur l'oreiller, je me dis que peut-être elle m'avait laissé ma journée à moi, et dans ma tête, je lui soufflais un remerciement de mon âme d'enfant.
Ce soir, je vais mourir, je ne sais pas si ça fait mal, mais demain je ne serais plus là, j'attendrais la mort toute la nuit avec la peur dans mon ventre, mais je l'attendrais avec ma dignité d'enfant.
Voilà ce qui arrive quand
On essaie de faire peur aux enfants
Pour qu'ils soient sages...